Un contrat marital inspirant

Le mariage « sur mesure » tu connais ? Ou comment 2 amoureux conviennent d’un contrat marital en fonction de leurs aspirations. Celui-ci est apparemment enregistré chez un notaire et n’a pas de valeur légale pour l’Etat. Je trouve celui-ci à la fois inspirant et très touchant (surtout les commentaires 1 an après) et j’ai envie de le partager avec toi. Il est extrait du livre « Parle-moi, j’ai des choses à te dire » de Jacques Salomé.

Préambule

Il nous est apparu après réflexion nécessaire de refuser l’institution du mariage. Nous abandonnons ainsi quelques avantages sociaux pour choisir à la place cette sorte de charte ouverte et évolutive faisant office de contrat entre nous. Tout d’abord quelques mots lanternes : partage, chaleur, devenir, corps, territoire, catalyse, obscurité, liberté, reconnaissance, franchise, souffrance, musique, rôles, engagement, enfants…

Article I

Indépendance. J’œuvrerai dur, pour être indépendant(e) d’abord par rapport à moi-même, puis par rapport à toi.

  • Je désire un territoire tout à moi où je pourrai m’amuser, travailler, accueillir. Que cet endroit te respecte, mais ne puisse être par toi envahi, étouffé, englouti. Ailleurs un coin sera disponible aux autres.
  • Je ne t’obligerai pas à aimer ce que j’aime. Je n’envahirai pas l’espace de ton esprit, ta soif de recherche. Tu as ton passé culturel, aussi c’est à toi de choisir ton avenir. Je suis différent(e).
  • […]
  • Je ne chercherai pas à contrôler l’espace de tes désirs, de tes amours. Je combattrai le chantage affectif et la jalousie. Je respecterai les zones d’ombre que tu veux préserver mais sache qu’à l’ombre je me flétris. Émotions, larmes, pitreries seront mes compagnes. Ma souffrance est mon affaire mais tu peux m’aider à la reconnaître. Je pourrai demander à être écouté(e).
  • […]

Article II

Je participerai à cette réaction chimique et affective qu’est le partage du quotidien à deux, comme catalyseur d’une réaction en chaîne. Je n’oublierai pas de retirer les « pattes » si ça brûle.

Article III

Je vis avec toi pour :

  • Communiquer, avoir chaud ici et maintenant;
  • devenir dans l’instant.

[…]

Article V

Je ne m’enfermerai pas dans un rôle qui me sécurise et t’arrange bien : la cuisine, le mécanique, la vaisselle, le bricolage, le jardinage ou la couture ne te sont pas plus spécifiques qu’à moi. Et si je choisis d’assumer un rôle particulier, que ce ne soit que temporaire pour rester tolérable.

Article VI

Je n’étoufferai pas la chaleur qui est en moi par peur ou par mélancolie.

  • Je soignerai mon corps comme je le désire, même si cela te déplaît (port d’un maillot de corps de jour comme de nuit, épilation, frisette, douche bi-quotidienne ou mensuelle…).
  • Je souhaite qu’à travers nous viennent un ou plusieurs enfants. C’est un engagement fort, mais je ne m’en servirai pas comme alibi de « non-vie » entre nous. […]
  • Je prendrai le temps d’être.
  • Je ne provoquerai pas d’angoisses inutiles, si je ne peux tenir mes promesses, j’en avertirai l’autre.

Article VII

Le but de l’entreprise qui motive ce contrat n’est pas l’encoconnement philippin, mais la pétillance des souffles, des voix, des cris, des corps…

Article VIII

Cette entreprise ne cherchera pas à être à but lucratif.

Article IX

Je ne parlerai jamais de toi en ces termes : « ma femme, mon mari, ma nénette, mon homme », mais j’aimerai qu’en moi transparaisse sans les mots la vitalité que tu m’apportes.

Article X

Chacun peut à tout moment proposer un ou plusieurs amendements à ce contrat.

Article XI

Et puis il me faudra une bonne dose de tolérance.

Article XII

Et que je sois ouvert à la réflexion.

Un an plus tard, un treizième article a été rajouté, ainsi que deux commentaires.

Article XIII

Notre enfant est né depuis quelques semaines. Il nous pompe et nous ravit. Il module nos rythmes.

Commentaire de l’homme : Nous vivons en couple. Que l’indépendance territoriale est difficile.

Commentaire de la femme : Il n’y a pas que l’indépendance de l’espace à préserver. Le respect de ce contrat me demande lucidité et vigilance dans les « aventures » du quotidien, une lutte contre mon angoisse, des plongeons dans ma déprime. J’y glane la couleur de mes élans, la lente découverte de mon jardin intérieur. Je vis ce cheminement difficile parfois très durement.

Emeline Courcelle

Emeline Courcelle

Apprentie naturopathe

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